Faire évoluer ses personnages – les outils du management

Je vous expliquais dans mon dernier article comment créer des personnages en s’inspirant des méthodes de management telles que le test de personnalité MBTI, et comment se servir de ce travail dans votre histoire. Je vais aller un peu plus loin dans cet article : comment faire évoluer ses personnages ?

Le manager veut aider ses collaborateurs à progresser, évoluer. Comment fait-il ? (je précise que ce qui suit est tout à fait théorique et ne reflète pas forcément la réalité des entreprises !) Comment l’écrivain peut s’en inspirer ?

 

Comprendre leurs besoins

Je vous ai expliqué dans l’article Créer ses personnages comment cerner leurs besoins avec la pyramide de Maslow et les tests de personnalité. Bien sûr, ce n’est pas forcément suffisant. Le test de personnalité permet de comprendre sa façon de fonctionner (besoin d’organisation, de se projeter …) tandis que la pyramide de Maslow permet de situer leurs besoins. Un personnage en fuite, détresse, famine sera plutôt en bas de la pyramide. Une personne épanouie, plutôt en haut, en train de chercher à réaliser ses rêves, être reconnu.e …

De plus, je vous recommande de vous poser les questions suivantes pour chaque personnage :

  • quel est son rêve ?
  • est-il ambitieux ?
  • quel est son besoin de confort/ est-il motivé pour sortir de sa zone de confort ?
  • s’il était dans un conflit lié à votre histoire, que ferait-il ? (fuir, chercher l’harmonie, faire avancer l’histoire …)

On peut même se demander pour chaque scène : quelle est l’intention du personnage dans cette scène ? Mais j’en parlerai dans un prochain article !

 

Organiser l’équipe

groupe de statues ile de paques

Le manager regarde ensuite les tâches allouées à l’équipe : en gros pour vous, il s’agit du déroulement de votre histoire !
Pour les tâches individuelles, il les alloue à chaque personne en fonction de leurs besoins :

  • Des challenges pour les personnes motivées pour se dépasser, gravir les échelons (au hasard, les guerriers, pilotes, soldats..)
  • Des tâches plus simples pour celleux qui ont besoin de prendre confiance en eux, (le personnage un peu froussard ou timide : évitez de le lancer dans une grande aventure internationale dès le début ..)

Mais tout ceci est purement théorique ! Dans la vraie vie, il n’y a pas forcément les bonnes tâches pour les bonnes personnes, certaines tâches s’avèrent être des calvaires de plusieurs mois … c’est normal, et c’est ce qui fait grandir aussi ! Dans votre histoire, ce sera pareil, il y aura des ratés, des imprévus … et tant mieux. L’expression « sortir de sa zone de confort » me semble particulièrement pertinente dans ce cas. Balancez vos personnages dans la panade et regardez-les se dépatouiller !

 

Veiller à ce que les personnages aident au bon déroulement de l’histoire / Les empêcher de faire n’importe quoi

 

J’aime beaucoup cette phrase du livre « Le Hobbit » : « Les hobbits sont vraiment de surprenantes créatures: on peut apprendre tout ce qu’il y a savoir sur leurs coutumes en un mois, cependant au bout 10 ans, ils peuvent encore vous surprendre… »

Je pense qu’il en va de même pour de bons personnages : on les cerne assez rapidement (allez, on peut s’accorder un personnage plus énigmatique), mais ils peuvent être amenés à se dépasser, et contredire le caractère qu’on avait brossé d’eux au départ, les hobbits héroïques du Seigneur des Anneaux en étant un excellent exemple. Toutefois, il faut veiller à rester dans le domaine du vraisemblable, et à ce que cela ne se produise pas trop souvent, sinon cela veut dire que vos personnages ne respectent pas trop votre autorité !

Ou plus sérieusement, cela peut mener à une incompréhension du lecteur : cette demoiselle frêle et trouillarde qui vient de sauver le monde 4 fois dans la même journée et de coller une beigne à un passant malpoli est-elle vraiment la trouillarde qu’on nous a dépeint au début ?

 

Les trois types de chef.fe (de personnages)

tribu africaine

Pour cela, on peut se baser sur les trois types de chef.fe, afin d’encadrer au mieux sa petite équipe de papier.

« L’expert.e »

page bullet journal organisée

C’est celui qui a la vision technique. Il sait que pour exploser l’étoile noire, il faut envoyer tant de personnes tirer ici en même temps qu’il faut désactiver tel dispositif ici. Il est très efficace, mais peut être dépassé par les personnalités de ses personnages : et si son équipe se rebelle ? et si elle met en doute le process ? etc.

Pour moi, c’est le cas des principaux romans d’espionnage, d’enquête … : bien ficelés, ils sont un régal à lire (et probablement à écrire). Mais si un personnage agit de manière imprévue, c’est le bazar, cela sonne faux, pas crédible. Le meilleur exemple que j’ai à vous donner est celui de la série La Casa De Papel. Pour moi, cette série est censée décrire un braquage mais en réalité, chaque personnage vit sa vie, fait des caprices et sabote le plan à chaque minute : je n’ai pas du tout réussi à entrer dans la série, je la trouvais très peu crédible.

Le manager :

Il s’agit du chef d’équipe « classique », qui fait le travail dont j’ai parlé plus haut (mettre en adéquation les objectifs à atteindre et les besoins de chacun).

C’est un autre style, que l’on retrouve chez de nombreux auteurs de l’imaginaire, je pense par exemple à J.K.Rowling, qui, je pense, n’avait pas en tête aux débuts d’Harry Potter toute l’évolution de ses personnages au fil des années, mais qui avait néanmoins prévu certaines choses dès le début de l’histoire. Chaque personnage présenté au début se retrouve à jouer un rôle important dans son intrigue générale. Elle est très forte !

Le leader ou coach :

dominant et dominé!

Iel n’a pas la vision technique, mais encourage chacun à être autonome et à progresser. Pour l’avoir expérimenté, c’est un très bon manager, mais il donne du fil à retordre à ses collaborateurs. Les personnages peuvent en revanche évoluer au point de modifier l’histoire initialement prévue. Cela est notamment le cas chez les auteur.rices « jardinier.e» (celui.elle qui prépare peu/pas son roman en amont et se laisse porter par l’écriture), ou cela peut arriver pour certains personnages d’un auteur ayant pourtant bien cadré son histoire.

Je me souviens notamment de la préface à la trilogie Le Pacte des Marchombres de Pierre Bottero, qui disait avoir été « envoûté » par le personnage d’Ellana survenu dans sa première trilogie Ewilan, au point de se lancer dans une trilogie à son sujet. Ou au personnage d’Aragorn dans le Seigneur des Anneaux, dont Tolkien aurait dit « un nouveau personnage est apparu, je sens qu’il sera important par la suite » !

Encadrer ses personnages au quotidien

Concrètement, comment faire pour empêcher ses personnages de prendre le dessus ? J’ai plusieurs techniques.

  • La mise au point

Vous avez du mal avec un personnage alors que jusqu’ici, c’était clair pour vous ?  Imaginez que vous êtes son chef et que vous sentez qu’il se démotive un peu, s’écarte du récit.

 

face à face en thailande

Dis donc, toi.

Faites une mise au point : visualisez-le* et parlez-lui. Voici quelques questions :

  • c’est quoi ton problème ?
  • pourquoi j’ai du mal à te cerner / t’écrire / te décrire / trouver ce que tu fais à tel moment ?
  • tu as besoin d’être plus/moins sur le devant de la scène ?

Cela peut avoir l’air un peu stupide, mais a bien fonctionné pour mes corrections : mon personnage avait une histoire d’amour à vivre en trois scènes, c’était vraiment peu pour ce sujet ! En me posant ces questions, j’ai réalisé que je ferais vraiment mieux de lui accorder plus d’espace.

  • Faire le mort

Autre technique : vous faites le mort et mettez votre personnage devant le fait accompli. Pas très sympa niveau management, mais cela peut marcher en écriture aussi : laissez votre personnage prendre le contrôle de l’intrigue, et profitez de la correction pour voir si tout cela est cohérent avec votre planification ou le reste du récit.

J’imagine que cela arrive toujours dans une certaine mesure. Même moi qui avais préparé un tableau de scènes détaillé, je me suis retrouvée à modifier des scènes, insérer des lignes … en cours de rédaction. C’est normal, et cela montre que vous évoluez !

  • La réunion de crise

fillette sonne un gong

Cela m’est arrivé aussi ! Un peu différente de la mise au point, elle consiste à convoquer vos différents personnages sur un sujet qui pose problème. Dans mon cas, c’était par exemple : ma bataille ne colle pas et est mal dosée, et cela se ressent sur mes personnages, qui du coup prennent le contrôle et cela part en vrille.

Personnage 1, que peux-tu faire pour améliorer cela ?
Personnage 2, tu es parti en live, comment on peut rattraper le truc ?
Et si on demandait à Personnage 3 de nous aider ?

Ne riez pas, cela peut vraiment être utile de se poser les questions ainsi ! Pour moi, cela aide à tirer le maximum des personnages que l’on a créés.

Et vous, quel type d’écrivain/manager êtes-vous ?

Pour aller plus loin : Le MOOC (cours collaboratif en ligne) « Du manager au leader » est disponible du 18 mars au 2 juillet 2019 sur la plateforme FUN, je vous recommande grandement d’y jeter un œil !

*Ce conseil est inspiré de l’excellent Blog de tonton Beorn que je vous recommande fortement !

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