Comment préparer son roman : mon expérience

Comme je vous le disais dans mon article Ecrire un roman : se lancer, je suis habitée par un univers, où se croisent plusieurs histoires que j’ai envie de raconter. Ce n’est pas pour autant que je me suis lancée d’un bond dans l’écriture de mon premier jet : j’avais déjà essayé de le faire en 2016. Mais quand on ne s’est pas préparé efficacement, c’est aussi risqué que de bâtir une maison sans fondations. Résultat : je me suis démotivée à la première difficulté (ou presque). Je vous explique donc ici comment préparer son roman pour éviter d’être dans ce cas !

C’est vrai, certains écrivains commencent à écrire sur une feuille blanche. Leur histoire jaillit d’elle-même sur le papier, parce que tout est carré dans leur tête. Mais ils sont loin d’être la majorité, et correspondraient plutôt au cliché de l’écrivain en France. Au contraire, chez nos collègues anglo-saxons,  être écrivain est un métier et comporte un certain nombre de méthodes. On peut donc apprendre à préparer son roman comme on apprendrait une recette ! Stephen King, J.K. Rowling, Bernard Werber, sont nombreux à appliquer ces méthodes. Je vais essayer de vous les présenter en lien avec mon expérience !

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Préparation dans le coffee shop vegan cloud Cakes à Paris. Ou plutôt, prétexte pour mettre de la couleur dans un article un peu pâlot.

 

Ecriture du scénario

Sans surprise, on commence par ce que Bernard Werber appelle le « squelette » de l’histoire. Si l’on a choisi de préparer son roman, différentes techniques sont possibles pour écrire son synopsis, qui servira ensuite de base à toute la préparation :

La méthode « flocon », inventée par l’écrivain Randy Ingermanson

Elle consiste à écrire son roman sous la forme d’une phrase. Puis de l’étendre à un paragraphe, puis de l’étendre à une page par personnage, etc., en gros, de construire tout votre scénario et votre univers depuis cette phrase. Vous pouvez en trouver un résumé plus détaillé ici.

J’ai testé : pour moi, ça n’a pas forcément été efficace.

  • mon univers était déjà suffisamment construit, c’était le scénario qui manquait de substance. J‘en avais une idée générale mais il me manquait les détails.
  • je n’avais pas assez d’expérience. J’avais du mal à construire chaque nouvelle étape à partir de ce que j’avais écrit à la précédente.
  • je trouvais la méthode un peu « forcée ». Par exemple, j’avais du mal à passer de mon synopsis plutôt succinct à l’histoire détaillée d’un personnage : je n’avais pas vraiment de matière pour me donner des idées !
  • néanmoins je pense qu’elle peut être très efficace si on n’a qu’une très vague idée de son roman mais qu’on ne sait pas dans quelle direction partir. En effet, elle permet de se cadrer un peu, de rester sur son idée ou ses personnages de base et de les enrichir ensuite.

Comment préparer son roman avec la « mind map » ou « carte mentale »

Souvent utilisée pour la créativité en entreprise, elle peut être utile pour l’écriture d’un livre. L’article le plus intéressant que j’ai lu à ce sujet (et le seul sans vouloir me vendre un logiciel ou me parler en langage startup..) est celui-ci. Mais pour vous expliquer grossièrement, voici son fonctionnement en images !

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Ecrire le titre de son livre.

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Puis les différents thèmes à aborder.

Pour moi, c’étaient les différents narrateurs/personnages principaux ainsi que la situation politique du monde. Mais cela pourrait être des lieux, des thèmes …

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Puis autour de chaque bulle, coucher toutes ses idées dans le sens des aiguilles d’une montre.

Au besoin, repartir d’une bulle et faire la même chose !

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Et cætera

jusqu’à ce que vous n’ayez plus d’idées, ou couvert toute la feuille !

Cette méthode a été complètement efficace pour moi : je partais d’un début de scénario avec quelques idées, je me suis retrouvée avec une feuille A4 presque entièrement noircie, où se déroulait toute mon histoire ! C’est d’ailleurs ce qui m’a vraiment convaincue de préparer mon roman de A à Z.

Pour les personnes comme moi, fonctionnant de manière visuelle, c’est vraiment efficace de voir tout un personnage ou thème résumé sous forme de bulle (caractère + résumé de son histoire). C’était plus facile de trouver ce qui allait lui arriver avec tout cela sous le nez que sans rien ! et de le relier aux autres narrateurs de l’histoire grâce à l’aspect visuel.

D’autre part, écrire les idées les unes après les autres comme elles viennent, lance un vrai flot créatif. Qu’il s’agisse de traits de caractère, de faits ou d’idées, cela m’a permis de faire jaillir des péripéties ou idées auxquelles je n’avais même pas pensé. Elles formaient simplement une suite logique avec les autres traits de la bulle !

Cette méthode peut s’appliquer également à l’écriture d’un essai – en remplaçant les personnages par des thèmes à aborder, ou à n’importe quel processus créatif !

  • La boîte à idées

Pas vraiment une méthode à proprement parler, mais un outil précieux pour les deux méthodes ci-dessus. Bernard Werber s’en sert en l’appelant « le chutier » : une page dans le carnet, un fichier word, une note sur Keep, où l’on note simplement ce qui nous passe par la tête. Dans plein d’articles de ce genre, j’ai aussi vu qu’on pouvait s’inspirer de ses rêves, mais je ne m’en souviens jamais… Machin a une chérie cachée, Machine a eu un traumatisme dans son enfance, etc : dans la boîte à idées, on la ressortira quand on fera sa méthode flocon ou sa carte mentale !

Dans mon cas, je m’en suis aussi servie bien après avoir écrit le synopsis, même en pleine écriture : c’est toujours bon de considérer de nouvelles idées, quitte à ajuster un peu ce qu’on a préparé.

 

Comment préparer son roman : Ecriture de la « Bible » de l’histoire

Cette étape est pour moi la plus importante. Si vos personnages se mettent à agir de façon contraire au caractère qu’ils ont depuis le début du livre, ou s’ils ont très chaud sur la planète Trucmuche alors qu’elle est censée être couverte de glaces, le lecteur risque de se sentir floué.

Créer des fiches personnages, lieux …

Préparer son roman, c’est penser à tout ce que vous allez décrire : des personnages, des lieux, des races extraterrestres, des véhicules, des animaux … Il est donc recommandé par de nombreux auteurs de rédiger une fiche par personnage, lieu, race extraterrestre… bref tout ce que vous seriez susceptible d’oublier en cours de route, pour éviter de se contredire quelques lignes plus tard !

De plus, inventer une histoire aux personnages principaux (« backstory »), même si vous ne la dévoilez jamais ou juste par bribes, permet à l’auteur de mieux les connaître et les cerner.

Je vous conseille également mon article Comment créer des personnages : les outils du management pour faire une fiche personnage en béton !

Stocker les informations

Pour moi la question principale était le support : où allais-je stocker tout ça ? Après avoir testé le logiciel Scrivener (qui m’a beaucoup plu), le cahier-fourre-tout, l’application Evernote, … j’ai fini par revenir à mon outil habituel de travail : un classeur OneNote.

préparer son roman notes

La Bible de 27 Milliards

Scrivener ressemble globalement à cela aussi, mais comporte en plus d’autres outils pour l’écriture (organisation des chapitres, suivi du nombre de mots écrits…)

Il serait inconcevable pour moi de ne pas rappeler de stocker ce genre d’infos précieuses à plusieurs endroits ! de mon côté, en plus de mon ordinateur, j’ai tout enregistré sur Dropbox et dans le cloud Microsoft, on n’est jamais trop prudent avec son livre.

Mieux connaître ses personnages, lieux, espèces inventées …

Tout cela, c’est bien beau, mais j’écris quoi, dans ma fiche personnage ?
De mon côté, c’était un des aspects qui m’intéressait le plus ! Comme pendant mon tour du monde, je voulais raconter de vraies histoires, de vrais personnages, pas créer des coquilles vides flanquées d’un nom et d’une liste de choses à faire. (Hello 50 Shades !)

Je me suis donc tournée vers ceux que je connaissais le mieux : mes amis (et moi aussi !) et ai interviewé quelques uns d’entre eux pour mieux cerner mes personnages principaux.

Pour les autres personnages, je me suis inspirée d’un peu tout et n’importe quoi, de mes personnages de fiction préférés, d’un mauvais souvenir professionnel … Au sujet des lieux, races extraterrestres … je ne suis pas allée chercher très loin, je me suis inspirée de paysages que je connaissais, ou de mes rêves les plus fous. Mais j’ai lu que Bernard Werber (encore lui) utilisait Google Street View pour visiter virtuellement les lieux qu’il raconte, j’ai bien aimé l’anecdote !

 

Comment préparer son roman : organiser l’histoire

Cette étape n’est pas utile dans le cas de la méthode flocon, mais pour moi, je ne disposais que de la carte mentale avec mon histoire éclatée dessus, et il fallait en tirer quelque chose de chronologique et d’organisé. Sans oublier d’éviter que deux personnages qui sont chacun à un bout de l’univers ne se croisent !

Du coup, j’y suis allée à l’ancienne, avec un mur et des post-its. On peut également utiliser un logiciel comme Scrivener ou un tableau Excel.

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Bon, ça fait un peu fouillis, mais ça m’a vraiment aidée à m’organiser !

Cela m’a permis de voir la progression de chaque personnage en fonction du temps, les temps morts de certaines intrigues secondaires …
Pour la petite histoire, ce mur était celui de ma chambre à Saint-Cézaire où j’ai suivi la formation de prof de yoga. Cela m’a d’ailleurs bien inspirée, et j’ai même eu un éclair d’inspiration soudaine en fin de formation, me disant : « mon héros, là, il ne lui arrive pas grand-chose pendant cette période… et s’il lui arrivait ce que j’ai vécu ici ? »

J.K. Rowling utilise cette méthode sur une simple feuille (je m’incline devant son esprit de synthèse).

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Les colonnes de gauche à droite : numéro de chapitre, date, titre du chapitre, résumé, puis avancement de l’intrigue concernant la prophétie / Cho et Ginny / l’A.D. / ? (l’ordre du Phénix ? si quelqu’un a une idée… ) / Rogue / Hagrid et Graup.

Ecriture de la liste des évènements (ou des chapitres)

Pour beaucoup, je pense que les étapes précédentes sont largement suffisantes à la rédaction du premier jet. Mais pas pour moi, j’avais vu certain.e.s auteur.e.s préparer la liste de leurs chapitres et cela me tentait bien. Et l’exercice s’est avéré concluant parce que j’ai réalisé que mes post-its ne permettaient pas de tout raconter : par exemple, si sur les post-its j’avais :

Elyen-Si apprend qu’elle part en mission sur un vaisseau ennemi
Puis :
Elyen-Si commence sa mission

Je me suis rendu compte en écrivant ma liste de chapitres que cela correspondait à plusieurs évènements : elle apprend la nouvelle, elle se prépare, elle quitte sa planète, elle prend une navette spatiale pour aller sur une planète ennemie, elle fait le trajet de son point d’arrivée au vaisseau, et elle grimpe dedans ! Donc un peu plus que ce que les deux premières phrases laissaient penser !

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Début de liste de scènes.

Une fois cette liste faite, j’étais quasiment prête pour la rédaction du premier jet (d’ailleurs vous pouvez voir sur l’image que la liste me sert aussi pour suivre mon avancement et mon nombre de mots à mesure que j’écris).

Quasiment ? Hé oui, il restait une toute petite étape …

Vérification que tout est correc’

Comme disent nos amis du Québec. A savoir : que tout va bien et qu’on n’a rien oublié.
Pour cela, j’ai essayé de me poser toutes les questions possibles et imaginables : comment Machin va du point A au point B ? comment cela se fait que Machine ignore ça ? que s’est-il passé pour que … etc, etc.

Et de le faire avec un proche, à qui j’ai raconté toute l’histoire, et demandé de m’arrêter dès que quelque chose n’était pas clair pour lui, ou pas logique. Cela m’a aidée à débusquer quelques petites erreurs !

Et c’était parti pour écrire le premier jet ! Qui a eu du mal à démarrer, parce qu’en même temps j’apprends à « écrire » (comment mieux écrire des dialogues, descriptions, …), mais au bout de 3-4 chapitres, j’étais beaucoup plus à l’aise, et je me suis mise à écrire environ un chapitre par semaine.

A ce jour, j’en suis à 18% d’avancement sur le livre, autrement dit, on est plutôt bien. Je vais essayer de booster ce pourcentage en novembre dans le cadre du National Novel Writing Month (Mois national d’écriture de roman ou NaNoWriMo) !

 

A bientôt et merci de me lire et de me soutenir 🙂

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