Rentrer de voyage et changer de vie : mon expérience

6 mois après mon retour, je pense avoir suffisamment mûri le sujet « rentrer de voyage et changer de vie » pour en parler. « Changer de vie » sonne un peu exagéré et pourtant c’est totalement vrai, je vais tenter de vous expliquer pourquoi.  Forcément, cela implique de raconter un peu ma vie, mais je suis à peu près sûre que cela peut parler à un grand nombre de personnes. Installez-vous confortablement, cela risque d’être long 🙂

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Lake Tahoe, USA

Je plante un peu le décor.

Avant de partir faire le tour du monde, j’étais ingénieure dans une grande entreprise industrielle, depuis 4 ans, à Paris. J’aimais beaucoup mon travail, malgré ses aspects non éthiques (environnement, plan de licenciement massif etc.). Aussi impensable que cela me paraisse aujourd’hui, j’ai d’abord demandé un congé sans solde de quelques mois à mon entreprise, pour pouvoir y revenir juste après mon voyage, et ainsi m’épargner une recherche d’emploi à mon retour. J’avais vaguement l’idée de changer de domaine de travail dans un futur plus ou moins proche, mais cela n’allait pas plus loin.

Comme vous le savez peut-être, mon entreprise a refusé de m’accorder ce congé. Dans ma tête, c’était limpide : comme je voulais absolument réaliser mon projet, j’allais devoir démissionner. Et pourtant en rentrant chez moi ce soir-là, je me souviens m’être sentie un peu comme si je venais de sauter sans parachute. Je me suis dit « toi qui voulais sortir de ta zone de confort, t’as plus de boulot ! ».

J’ai donc quitté mon entreprise un mois avant le début de mon voyage. Sans avoir la plus petite idée de ce que j’allais faire ensuite.

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Jour J

Le retour de voyage

J’ai eu la chance de pouvoir prolonger la magie du voyage en m’installant dans une des plus belles villes de France (coucou les Niçois 🙂 ). Déménagement de Paris, nouvelle ville, nouvelles personnes, mon premier mois en France a été chargé en nouveautés et cela a fait que je n’ai quasiment pas eu de « déprime post-voyage » comme j’avais pu en voir sur de nombreux blogs de voyage.

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Nice

J’avais décidé durant la fin de mon tour du monde de me donner quelques mois à mon retour en France, pour me consacrer à plusieurs projets personnels : notamment mon livre dont je parle plus bas dans l’article, mais aussi retourner au Burning Man me tentait bien, et partir à la rencontre des Dusty Frogz, mes compagnons de camp au Burning Man, qui étaient disséminés dans toute la France.

Rentrer de voyage mais rester libre

Un des moments qui me revient le plus souvent de ce voyage où j’ai été très souvent accompagnée, est mon voyage au Québec, dans la liberté la plus totale, entre stop, rando seule, camping sauvage, contemplation de paysages magnifiques, et belles rencontres. Je ne l’oublierai jamais. C’est moins facile à appliquer en France, surtout que je partage ma vie avec quelqu’un. Mais je me suis quand même promis de revoyager seule, spontanément.

D’ailleurs c’est un conseil que j’aurais à donner si vous rentrez d’un gros voyage. Faites-vous un petit trip quelque part, prolongez l’esprit. Je suis partie quelques jours à Porto avec Andréa qui revenait de son année en Corée, cela nous a bien aéré la tête ! et rien que pendant les deux jours que j’ai passés seule avant son arrivée, j’avais l’impression d’être à nouveau en liberté totale. (J’ai pris des cours de surf dans l’Atlantique, un cours de création de son propre « azulejo », discuté avec des locaux …) je me suis sentie libre de faire ce que je voulais, à nouveau.

Porto

De manière générale, je pense qu’il est important de pouvoir voyager seul (si ça vous plaît bien sûr). J’ai un ami qui part régulièrement seul, bien qu’ils aient des enfants avec sa compagne : ils alternent le voyage seul, ou partent tous ensemble. Pour moi il est fondamental d’avoir cette liberté, de passer un peu de temps seul avec soi-même, pour mieux s’observer et se comprendre, loin de la cacophonie du quotidien.

Prendre du temps pour réaliser des projets personnels

Ecriture

Comme je le disais, ma première raison pour prendre ces quelques mois était d’écrire un livre. Plus précisément, un roman de science-fiction plutôt spirituelle. C’était un projet de longue date pour moi (depuis mes 12 ans). Quoiqu’il en soit, je pense que cela a été salvateur pour moi d’avoir une activité sur laquelle me concentrer complètement, et qui me passionne, au retour de mon voyage. J’avais à nouveau un quotidien : je partais à la médiathèque de Nice avec mes 36 carnets et cahiers, pour construire mon univers, apprendre à écrire, planifier mon histoire.

Je me suis sentie particulièrement vivante, à ces moments-là. J’avais l’impression de mener la vie dont j’avais toujours rêvé. J’ai repris mon travail d’ingénieur depuis, mais j’écris mon livre en même temps à côté 😉 et je reste persuadée que cette vie est là, tout proche. Cela m’a d’ailleurs menée à créer les articles Devenir slasher.use sur le blog pour donner mes conseils en gestion de double (voire triple) vie 🙂

Prof de yoga

D’autre part, j’ai fait une formation de professeur de yoga d’un mois, en mai, près de Grasse dans le Sud de la France.

Bali – Ubud – The Yoga Barn

… sur un coup de tête !

J’avais fait beaucoup de yoga à Bali, j’hésitais à faire une formation de ce type à mon retour en France. Celle-ci me semblait parfaite car elle n’était pas loin de Nice où j’habitais. Mais c’était une sacrée somme à investir (je pourrai vous en reparler si ça vous intéresse). J’ai hésité pendant deux semaines avant de me dire que c’était trop d’argent, et de renoncer. Puis, un jour, en discutant en même temps, je suis machinalement retournée sur leur site, et j’ai cliqué sur payer. Et hop, c’était fait. Je pense que l’instinct nous trompe rarement !

Ma formation de prof de yoga : Coinspire à Saint Cézaire sur Siagne

Et me voilà à nouveau sortie de ma zone de confort, dans un petit village, à devoir suivre un quotidien strict, faire 3 heures de yoga par jour, et avec plein de choses à apprendre et à découvrir. Le baptême du feu pour moi était d’être en groupe en permanence alors que je suis plutôt du genre solitaire.  Mais je ne regrette pas une seconde : en plus de plonger dans la dimension spirituelle et philosophique énorme du yoga, j’ai appris beaucoup sur notre anatomie, les cellules, la génétique … ainsi que la kinésiologie, domaine que je ne connaissais pas qui se rapproche un peu de la PNL et que je compte bien approfondir.

Le verdict

Pendant cette formation, Corinne, une des autres stagiaires, m’a dit que j’avais eu énormément de chance, d’avoir pris conscience à 27 ans de certaines choses que d’autres réalisent à 50 ans.

Je suis aujourd’hui diplômée et j’ai donné mes premiers cours, ce fut un moment particulièrement émouvant pour moi, je ne pensais pas que j’aimerais autant partager ma passion avec d’autres. Cela vaut totalement l’argent investi même si je ne peux pas en vivre aujourd’hui.

Changement de vie : d’ingénieure à slasher.use en herbe

Je dirais du coup que ces projets m’ont montré (me montrent !) la vie que je veux vraiment, et que je ne compte pas y renoncer. Je ne sais pas encore comment je les intègrerai dans ma vie, peut-être en travaillant à temps partiel, ou en les poursuivant à côté du travail. Mais c’est là que je me sens vivante, et mon voyage m’a aidée à le réaliser !

 

Parenthèse : Pour mieux rentrer de voyage, partez 🙂

Petit hors sujet pour vous faire voyager un peu aussi : J’ai aussi pu voyager en France (chose que j’avais rarement faite !) à la rencontre notamment des Dusty Frogz, mon camp au Burning Man, ils étaient disséminés dans toute la France : Rouen, Lille, Paris, Toulon, … Cela a été un bol d’air frais pour moi et m’a permis de prolonger la magie du voyage et du Burning Man. (pour patienter jusqu’au Burn de cette année !)

Les Ateliers d’Argenteuil

J’ai ainsi pu voir l’atelier des sculpteurs Stéphane et Woody, à Argenteuil (à qui nous devions notre belle tour Eiffel au Burn !).

Les ateliers d’Argenteuil

Les Rendez-vous de la Cervelle

Ainsi que les Rendez-vous de la Cervelle, organisés par Fabienne et auxquels participe Fred, rencontrés au Burning Man également ! Des conférences hybrides auxquelles se mêlent du one-man-show, de la cuisine et de l’art, bref tout pour plaire !

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Rouen – Les rendez-vous de la cervelle

Sans compter d’autres escapades entre Lille, Londres, Zurich, Paris, Toulon … et les Burners que j’avais déjà pu croiser à Tahiti et à Nouméa. J’ai beaucoup aimé cette façon de prolonger la magie de mon voyage et en particulier de ces Burners si différents et enrichissants !

 

Ma recherche de travail dans le renouvelable

J’ai envoyé environ une cinquantaine de CV à des entreprises qui font des énergies renouvelables. Aucune réponse. Hé oui, sur mon CV il est écrit en gros que je viens d’un secteur beaucoup moins éthique, du coup comme il y a déjà beaucoup de candidats dans les renouvelables, je suis passée à la trappe. Même si je ne perds pas espoir de travailler un jour dans ce domaine, j’ai finalement trouvé une entreprise. Qui correspondait plus ou moins à mes critères d’éthique et n’était pas une grande multinationale ne payant pas d’impôts en France. Je travaille donc aujourd’hui dans le secteur du traitement des déchets, qui me convient déjà bien mieux. Je ne regrette pas le temps passé à scruter Internet à la recherche d’un poste.

Encore mieux, j’ai passé la moitié de mes entretiens avec cette entreprise à parler de mon voyage, des imprévus… Moi qui avais peur que cela fasse un trou sur mon CV, déplaise à l’employeur ! Moralité : si à l’entretien, l’employeur ne comprend pas à quel point ce projet est enrichissant, vous ne voulez probablement pas que ce soit votre employeur. Donc cela ne devrait pas être un obstacle à votre projet !

Faire des concessions

Ma conclusion là-dessus serait que oui, le travail parfait n’existe pas, mais on peut s’en approcher, faire des compromis. Des études ont montré que le contexte (ville, lieu de l’entreprise, collègues…) fait 50% de notre expérience. Par exemple, quitter Paris pour un travail similaire dans une ville plus sympa, permettra déjà d’améliorer nettement sa qualité de vie.

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Mon nouveau trajet du matin

S’inspirer

De mon côté, j’ai également réalisé qu’on s’accroche au CDI pour rien : aujourd’hui, on ne va pas passer toute sa vie dans la même boîte (en tout cas si on a la trentaine). Au contraire, malgré la situation prétendument difficile en France, je vois des tas de projets fleurir : crowdfundings réguliers pour projets type restaurants ou produits véganes, marques de vêtements éthiques, véganes, et/ou fabriqués en France (d’ailleurs voici un moteur de recherche qui permet de les repérer et même de les trier par région !), collectifs d’entraide pour entrepreneurs (d’ailleurs en voici un exclusivement féminin !)… peut-être que moi aussi, un jour, je sauterai le pas et sortirai définitivement du circuit classique ?  Je suis déjà slasheuse ingénieure / prof de yoga / écrivaine, ce serait la prochaine étape !

Changer de vie : ne pas cesser de croire dans le métier de vos rêves

Trouver sa voie n’est pas facile, j’en parle notamment dans l’article Trouver sa voie : L’ikigai. Mais dans mon cas, mes recherches dans le renouvelable et ma volonté ont fini par payer : je travaille aujourd’hui dans le secteur de l’hydrogène, qui est renouvelable et en plein boom !

Du côté pratique

Budget

Pendant mon voyage, j’ai vécu sur le budget de 12 000 € que j’avais prévus (j’avais aussi une marge de sécurité). J’ai réussi à rester dans les clous malgré beaucoup de changements (durée plus longue, dépassement de budget pour le Burning Man, le Kilimandjaro…). C’est globalement parce que j’avais prévu un gros budget plongée que j’ai à peine utilisé vu mon peu de talent dans ce domaine (^^)  et que je n’ai pas eu de gros imprévu.
Pour ces quelques mois à mon retour de voyage, j’ai eu la chance d’être hébergée à Nice. Du coup j’ai fait une demande de RSA, n’ayant pas de revenu, cela m’a été accordé (il est aussi nécessaire d’être inscrit à Pôle emploi, donc on ne peut pas vraiment voyager en le touchant, à moins de frauder, ce qui n’est pas mon style 🙂 ). J’ai donc pu toucher environ 500€/mois pour vivre.

Voyages

Quand je dis que j’ai sillonné la France, j’ai pu le faire grâce à l’abonnement SNCF TGVMax, qui permet, si l’on a moins de 27 ans inclus, de voyager en illimité dans toute la France pour 79€/mois. J’ai pu retrouver un peu de ma liberté tourdumondiste en me rendant par exemple à Bordeaux sur un coup de tête ou en allant retrouver des Burners à Rouen, Zurich …  je conseille vraiment cet abonnement !

Rentrer de voyage, et après ?

Je suis partie à Londres récemment et comme il n’y avait pas grand-chose de vegan au petit dej, j’ai pris des toasts avec du beurre de cacahuète. L’odeur, le goût, la vue, mes sens m’ont instantanément transportée : à Montréal, à Boston, au Burning Man, en Polynésie, à Bali, en Tanzanie, c’était mon petit déjeuner pendant de nombreux moments de ce voyage. Ma version de la Madeleine de Proust, j’imagine !

Impact du tour du monde sur ma vie

J’ai clairement l’impression que mon voyage est bien loin maintenant. C’est presque comme un rêve, ou des souvenirs d’un passé très ancien. En revanche, son impact sur ma vie est là à chaque seconde, quand je prends le bateau pour aller travailler, quand je me promène dans ma nouvelle ville, quand j’écris mon livre, quand je fais du yoga, quand je planifie mon deuxième Burning Man – car j’y retourne cette année. Cela dépasse toute la nostalgie que je pourrais avoir de ce voyage. Je m’efforce de ne pas l’oublier.

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PS. Il me paraît impensable d’écrire un tel article sans mentionner la personne, rencontrée pendant ce voyage, qui a participé à chacune des décisions et expériences dont je parle ici. Merci d’exister 🙂

2 commentaires Ajoutez le votre

  1. Whaouuuu, tombée un peu par hasard sur ton article grâce à ton post sur Madmoizelle, et juste … whaou . C’est beau ce que tu as vécu et vis encore !

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